
DROITE Le président du Mouvement pour la France veut faire de la présidentielle de 2007 le «second tour du référendum»
Villiers fait de Sarkozy sa nouvelle cible favorite
Sophie Huet
[01 août 2005]
Bien décidé à faire fructifier le capital engrangé par les partisans du non le 29 mai, Philippe de Villiers met le cap sur 2007. «Il faudra bien que le non s'exprime à l'élection présidentielle, et je ne suis pas le plus mal placé», confie au Figaro le président du Mouvement pour la France (MPF), qui se situe clairement «dans l'opposition au gouvernement du oui». Pour Villiers, «la présidentielle sera le second tour du référendum, et les Français voteront pour la rupture». Une «rupture» incarnée, selon lui, par le candidat qui mènera conjointement deux campagnes : «contre l'immigration, l'islam et le terrorisme» et «pour une Europe de la souveraineté et de la défense des identités nationales».
Dès la rentrée, Villiers va développer ces deux thèmes. Il prend déjà pour cible le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, favorable, selon lui, à «trois formes de communautarisme : le communautarisme d'Etat, avec le Conseil français du culte musulman (CFCM) qui est une puissance publique parallèle, financée par l'étranger, avec une vocation politico-religieuse ; le communautarisme des quartiers, puisque Nicolas Sarkozy propose de faire financer les mosquées par les contribuables ; et enfin le communautarisme des diplômes avec la fameuse discrimination positive». Philippe de Villiers s'insurge contre cette notion, qui voudrait qu'«un jeune originaire de La Courneuve puisse entrer à Sciences Po sans diplôme, contrairement à un jeune issu du VIIe arrondissement de Paris». Pour le président du MPF, la discrimination positive revient à mettre en place «la préférence étrangère, c'est-à-dire une société qui n'est plus fondée sur le mérite mais sur la distinction ethnique et reli-gieuse».
Villiers avait provoqué de vives réactions d'associations comme le Mrap en déclarant, à la mi-juillet, sur TF 1, que l'islamisme radical avait déclaré «la troisième guerre mondiale» avec les attentats de Londres. Et il est bien décidé à continuer à s'exprimer crûment. D'autant que le MPF continue à s'étoffer. Guillaume Peltier, le secrétaire général du MPF, affirme que le mouvement souverainiste a «atteint l'objectif des 15 000 adhérents», dont 6 000 nouveaux venus. «50% n'ont jamais eu d'engagement politique. Et parmi les autres 50%, ils viennent pour plus de la moitié de l'UMP, 25% du Front national, et 20% de la gauche», précise le numéro deux du mouvement souverainiste. Guillau-me Peltier en est persuadé, «Villiers est en train de changer de sociologie électorale, ce qui le met en position extrêmement intéressante pour la présidentielle de 2007». Quand le président du MPF ironise sur le «Karsher verbal» du ministre de l'Intérieur, il escompte engranger les voix des «petites gens». Quand il évoque «les caïds du punching-ball (Villepin et Sarkozy) et leurs entraî-neurs» (Debré et Devedjian), il s'empresse d'ajouter : «Et pendant ce temps-là, la France coule». Un Philippe de Villiers qui voit de plus en plus grand, qui assure qu'«il n'y a plus de majorité» et que les numéros un et deux du gouvernement «vont s'étriper».
Depuis un mois, Guillaume Peltier met le MPF «en ordre de bataille» pour présenter des candidats «à toutes les échéances, de 2007 à 2010». Lors de l'université d'été du mouvement, qui aura lieu du 9 au 11 septembre près de Grasse, l'objectif est de doubler le nombre d'inscrits par rapport à 2004, soit 600 personnes, qui formeront «le noyau dur» du MPF. Des ateliers thématiques se dérouleront sur des thèmes ciblés (immigration, islam, lutte contre les délocalisations...). Dès septembre, le numéro deux du MPF passera deux jours par semaine à visiter les 95 fédérations du parti et rencontrer les nouveaux adhérents. Trois délégations nationales vont également être créées : l'une pour mettre au point un programme du MPF pour chacune des échéances de 2007 à 2010 ; une délégation à la société civile pour confronter les théories du MPF avec les réalités du terrain ; une délégation nationale aux élus locaux, enfin, pour aider les cadres à préparer les projets locaux «100% terrain et vie quotidienne».
En octobre, un mouvement des jeunes pour la France verra le jour, avec pour mission d'organiser un café politique par mois dans chaque région. A l'été 2006, enfin, se tiendra la première université d'été des cadres, sur une semaine complète de travail, avec des sessions de formation (doctrinale, argumentaire, à la prise de parole...). «Nous devons retrouver la foule du métro à 6 heures du soir, comme pendant les meetings de la campagne référendaire», résume Guillaume Peltier, qui n'a pas l'air inquiet de l'ampleur de la tâche.