Accord et désaccords avec le Front national
Alain Dumait - samedi 19 novembre 2005
Malgré l’instauration d’un couvre-feu sur le quart du territoire national métropolitain (mesure que nous réclamions d’urgence dans notre dernier éditorial, bouclé le lundi 7 novembre vers 17 heures, avant l’intervention du Premier Ministre dans le journal du soir de TF1…) ; avec quelque 15 000 hommes mobilisés effectivement dans les quartiers sensibles (ce qui, compte tenu d’une semaine travaillée de moins de 20 heures par semaine, nécessite 120 000 fonctionnaires) ; en dépit de la volonté d’apaisement à tout prix du gouvernement, de la justice et des médias, les émeutes déclenchées en France le 27 octobre 2005 sont loin d’être terminées et les problèmes à résoudre au plan collectif ne font que commencer à être aperçus.
Car nos gouvernements, les hommes de l’État en général, nous ont menti sur tout. Et d’abord sur l’importance de l’immigration, comme sur sa nature.
Il aura fallu attendre le dimanche 13 novembre pour qu’on autorise Jean-Marie Le Pen à dire, lors de l’émission Grand Jury RTL-LCI-le Figaro, qu’on avait laissé entré en France, d’une façon ou d’une autre, environ dix millions d’immigrés depuis trente ans. Dans notre « Atlas mondial d’économie et de géopolitique 2005-2006 » (bientot en ligne) nous avancions le chiffre de neuf millions…
En outre, cette immigration, au fil des années, a profondément changé de nature : on est passé du travailleur algérien célibataire, à une population d’inactifs, bénéficiaires du funeste regroupement familial, puis à une immigration purement social, plus africaine que maghrébine, en quête de soins ( 170 000 bénéficiaires de l’Aide médicale de l’État fin 2003), de subsides, ou simplement d’un refuge (plus de 50 000 recalés du droit d’asile en 2003).
De bonne foi on pouvait peut être jusqu’à présent défendre un modèle social ou un autre. Même le discours unique, politiquement correct, de l’intégration des minorités défavorisées était intellectuellement recevable. Mais maintenant il ne l’est plus, car les faits se sont chargés de trancher : la greffe n’a prise que très partiellement ; le taux de rejet est énorme, c’est un échec complet ! De dirigeants moins rigides, on attendrait un minimum d’autocritique, puis une réorientation de ladite politique catastrophique d’immigration.
Mais chacun peut convenir qu’il y a aussi à cette crise un volet économique. Nous avons soutenu ici même qu’immigrationnisme et fiscalisme n’étaient finalement que deux aspects différents d’une même erreur, cette forme ancienne et enracinée de socialo-étatisme à la française. Qui ne voit en effet que le travail normal, au sein d’une entreprise normale, est un bien meilleur vecteur d’intégration, et même d’assimilation, que l’école publique, qui est une fabrique de chômeurs, et pas seulement en banlieue ?
La semaine dernière nous notions aussi que le président du Front National avait été le seul leader à dénoncer depuis toujours cette politique mortifère. Pour autant, nous avons avec son programme de nombreux points de désaccord, qui tournent autour de son protectionnisme. Ce n’est pas la mondialisation qui attire chez nous, plutôt qu’ailleurs, la misère du monde, c’est notre État-providence. Lequel n’est certainement pas meilleur pour les Français de souche que pour les immigrés. Et d’ailleurs, de toute façon, les conditions d’attribution de la nationalité française (en métropole, en Guyane ou à Mayotte…), ont rendu obsolète le slogan « la France aux Français »…). Au fait, et si on reparlait du droit du sang et du droit du sol ?...
Je suis fier d’avoir voté pour Jean-Marie Le Pen le 21 avril 2002. J’ai honte de la campagne immonde orchestrée par les médias et les lobbies de l’État-providence avant le 5 mai 2002. Mais je continuerai à dire aussi que le Front National fait fausse route au plan économique.
J’étais invité à son colloque du 21 mai sur les délocalisations, mais je fus empêché de m’y rendre. On y a défendu le relèvement des droits de douane et les subventions aux entreprises privées. J’y aurai pour ma part défendu le droit des entrepreneurs libres à localiser leurs activités où ils le veulent, c’est à dire où ils ont intérêt à le faire. Et pourquoi pas en France, d’ailleurs ?